Promener son chien dans la chaleur de l'été espagnol
Coup de chaleur, asphalte brûlant et horaires qui ne se discutent pas. Comment un chien traverse l'été espagnol, ville par ville.
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L'été espagnol n'est pas un désagrément saisonnier pour un chien : c'est la seule période de l'année où une promenade mal pensée peut le tuer. Autant le dire aussi clairement dès le début, car la plupart des coups de chaleur canins que traitent les cliniques vétérinaires entre juin et septembre surviennent pendant des promenades qui paraissaient parfaitement normales à la personne qui tenait la laisse.
Pourquoi un chien supporte la chaleur bien moins que vous
Les chiens ne transpirent presque pas. Ils ont des glandes sudoripares dans les coussinets et guère plus : leur principal mécanisme de refroidissement est le halètement — faire passer l'air sur la langue et les voies respiratoires pour évaporer de l'humidité. Ce système fonctionne raisonnablement bien à trente degrés en air sec, et plutôt mal à trente degrés en forte humidité, car si l'air est déjà chargé d'eau, l'évaporation cale.
D'où une conséquence qui surprend beaucoup de monde : un après-midi d'août à Barcelone à trente et un degrés et soixante-dix pour cent d'humidité punit plus qu'un trente-sept sec de l'intérieur. Le thermomètre ne raconte pas toute l'histoire.
Certains chiens partent en outre avec un handicap d'usine. Les brachycéphales — bouledogue français, carlin, boxer, bulldog anglais — ont des voies respiratoires comprimées et un halètement bien moins efficace. Les chiens noirs ou à robe sombre absorbent plus de rayonnement. Les âgés, les obèses et les cardiaques régulent moins bien. Et les chiots ne régulent pas encore tout à fait.
La règle des sept secondes
C'est le test le plus utile qui existe et il ne coûte rien : posez le dos de la main sur l'asphalte et comptez. Si vous ne tenez pas sept secondes, votre chien ne peut pas marcher dessus.
Le détail que presque tout le monde néglige, c'est le décalage. L'asphalte accumule la chaleur pendant des heures et la restitue lentement : à vingt-deux heures, il peut encore dépasser ce que tolèrent les coussinets alors que l'air a déjà rafraîchi. À Cordoue, où l'on a mesuré les températures les plus hautes de la péninsule, ce n'est pas une précaution théorique : il y a des nuits de juillet où le revêtement du centre brûle encore passé vingt-trois heures.
Les signes du coup de chaleur
Apprenez à les reconnaître, car la marge entre « il a chaud » et « urgence vétérinaire » se compte en minutes :
- Halètement très intense et bruyant, qui ne se calme pas à l'arrêt.
- Gencives et langue rouge vif — ou au contraire, pâles.
- Salivation épaisse et collante.
- Titubement, désorientation ou faiblesse de l'arrière-train.
- Vomissements ou diarrhée, parfois avec du sang.
- Effondrement.
S'ils apparaissent : ombre immédiate, eau fraîche — pas glacée — à boire s'il le peut, et mouiller à l'eau tiède les aisselles, l'aine et les coussinets, là où les vaisseaux affleurent. Ne plongez pas l'animal dans une eau très froide : la vasoconstriction brutale aggrave le tableau. Et allez chez le vétérinaire même s'il semble remis, car les atteintes rénales et de coagulation apparaissent après.
Comment la semaine se réorganise
La vraie adaptation n'est pas « sortir un peu plus tôt ». C'est couper la journée en deux et accepter que, pendant trois mois, la routine soit une autre :
- Longue sortie à l'aube. Entre sept et neuf heures selon la ville. C'est le seul moment où le sol a eu toute la nuit pour refroidir.
- Sorties courtes et fonctionnelles dans la journée. Juste les besoins, par le trottoir à l'ombre, sans exercice.
- Deuxième longue sortie de nuit. À partir de vingt-deux heures ou vingt-deux heures trente dans le sud ; un peu plus tôt sur la corniche cantabrique.
À Séville, ce n'est pas une recommandation mais la pratique établie : entre mai et septembre, personne ne promène entre onze heures et vingt et une heures, et qui y vit avec un chien l'accepte comme il accepte la climatisation.
Les astuces qui marchent, et celles qui ne marchent pas
Ça marche : toujours porter de l'eau et une gamelle pliable ; choisir des itinéraires à la canopée continue plutôt que des tronçons d'ombre intermittente ; remplacer une partie de l'exercice physique par des jeux de flair à la maison, qui fatiguent beaucoup sans chauffer ; mouiller le poitrail et les pattes avant de sortir ; et préférer les sols naturels — terre, herbe, litière de pin — chaque fois que possible, car ils restent plusieurs degrés sous l'asphalte.
Ça marche moins qu'on ne le croit : les gilets rafraîchissants, utiles seulement en air sec et à condition d'être re-trempés souvent ; et tondre le chien, qui chez les races à double pelage supprime l'isolation protégeant aussi de la chaleur, et expose la peau aux coups de soleil.
Que faire si vous ne pouvez pas changer vos horaires
Voici le vrai problème de beaucoup de gens : le chien doit sortir à l'aube et vous embauchez à sept heures. Aucune astuce ne résout cela — il faut le déléguer. Une promenade professionnelle dans la bonne tranche du jour est, en été, bien plus qu'un confort : c'est la différence entre un animal qui s'exerce et un animal qui passe trois mois à ne sortir que pour l'indispensable.
Cela vaut aussi la peine de le dire explicitement au promeneur. Un professionnel qui travaille dans le sud péninsulaire réorganise déjà tout son agenda en juin, mais mieux vaut convenir par écrit de la tranche horaire et de la marche à suivre les jours d'alerte canicule.
En résumé
La chaleur ne se négocie pas. Elle se planifie. Vérifiez le sol avec la main avant de sortir, regardez l'humidité et pas seulement le thermomètre, portez toujours de l'eau, et acceptez que de juin à septembre la bonne promenade se fasse à l'aube ou de nuit. Un chien ne peut pas vous dire qu'il n'en peut plus : il continue de marcher derrière vous jusqu'à tomber.